Histoires parallèles (Parallel Tales) : Asghar Farhadi brouille la frontière entre fiction et réalité
Avec Histoires parallèles, Asghar Farhadi signe l’un des films les plus attendus de la compétition du Festival de Cannes. Et à première vue, tout semble réuni pour un grand moment de cinéma : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney… mais surtout le retour d’un cinéaste qui a construit toute sa carrière sur les tensions humaines, les vérités fragiles et les zones grises.
Le film suit Sylvie, une écrivaine qui observe ses voisins pour nourrir son nouveau roman. Peu à peu, ce qu’elle imagine commence à se mélanger au réel, jusqu’à faire basculer les personnages dans une mécanique où la fiction semble prendre le contrôle.
Ce qui intrigue immédiatement autour du film, c’est cette idée de regard.
Observer les autres.
Inventer leur vie.
Transformer des fragments réels en récit.
Farhadi a souvent filmé des personnages piégés dans des vérités incomplètes, des mensonges involontaires ou des conflits moraux impossibles à résoudre clairement. Mais avec Histoires parallèles, il semble aller encore plus loin en jouant directement avec la frontière entre ce qui est vécu et ce qui est raconté.
Les premiers retours parlent d’un film plus libre dans sa structure, presque plus joueur que ses précédentes œuvres, tout en gardant cette tension psychologique très caractéristique de son cinéma.
Visuellement, l’univers paraît plus froid, plus urbain, presque voyeuriste par moments. Une écrivaine observe ses voisins à travers une fenêtre, pendant qu’autour d’elle les histoires s’entremêlent et se déforment progressivement. L’idée rappelle parfois le cinéma de Hitchcock ou celui de Kieslowski, dont le film s’inspire partiellement.
Et au fond, Histoires parallèles semble poser une question assez vertigineuse :
à partir de quel moment une histoire racontée devient-elle plus puissante que la réalité elle-même ?
Dans une époque où tout est constamment mis en scène, interprété, réécrit ou transformé en narration, le sujet résonne forcément de manière particulière.
Reste maintenant à découvrir jusqu’où Farhadi pousse ce jeu de miroirs.
Mais une chose paraît déjà certaine : Histoires parallèles ne semble pas vouloir simplement raconter une histoire. Il veut aussi interroger notre manière de regarder les autres… et de fabriquer des récits autour d’eux.